La quatrième révolution industrielle ? [vidéos]

Retour en 1978 : l’informatisation de la société expliquée au journal

Dans le prolongement de la remise au président ce jour, du rapport Nora intitulé "L'informatisation de la société ou la télématique" (rapport écrit par Simon NORA et Alain MINC), ce reportage est consacré à la télématique (informatique et telecommunication) et ses différentes implications. Explication de François de Closets sur des animations et des images d'illustration : évocation de la communication à distance via des satellites et de la fusion de plusieurs techniques via un seul et unique réseau. Ce rapport évoque également les problèmes inhérents à ces changements : l'emploi, la centralisation des informations, l'autonomie individuelle.

38 ans plus tard, AUJOURD'HUI : comment l'intelligence artificielle va changer la vie et pourquoi il faut s'y préparer...

A ÉCOUTER ATTENTIVEMENT :

Stéphane Mallard, responsable de la stratégie et de l'innovation dans les salles de marché de la Société Générale Corporate and Investment Banking, a ouvert la soirée sur une keynote au sujet de l'intelligence artificielle. Il y a évoqué la préparation des assistants personnalisés, de Watson, de relations hommes / machines et de supers robots. Cet "évangélisateur" au discours à la fois fascinant et effrayant assure que toutes ces révolutions sont prêtes en laboratoires, mais que la population "n'est pas prête". Il affirme notamment qu'après les méga-données et les "analytics", nous nous dirigeons vers le "deep learning" : la capacité des intelligences artificielles à apprendre par elles-mêmes. Par ailleurs, la baisse du coût des capacités de calcul devrait faciliter la mise en place, d'ici à 2030, de cerveaux artificiels "aussi puissants que ceux des humains". Il a conclu en évoquant la nécessité de se saisir de la question de l'intelligence artificielle dans les milieux politiques et juridiques.

Davos face à la quatrième révolution industrielle, vraiment ?

source : Philippe Mabille http://www.latribune.fr/opinions/blogs/inside-davos/davos-la-quatrieme-revolution-industrielle-vraiment-544486.html

Klaus Schwab, le patron de Davos, a réussi à dépasser en ambition Jeremy Rifkin et sa « troisième révolution industrielle ». En choisissant pour thème la « quatrième » révolution industrielle, le forum économique mondial tente d'exorciser ses propres démons, que sont la montée des inégalités et des populismes sur fond d'effondrement des classes moyennes. Face à l'accélération technologique, le monde du business hésite entre stupeur et tremblements. À lui d'apprendre à maîtriser le monstre ainsi lâché au cœur du capitalisme.

Quatrième révolution industrielle, vraiment, la vague technologique qui, faite de numérique, mais aussi de robotique, d'internet industriel, d'automatisation, d'ordinateurs surpuissants, de biotechs..., déferle sur l'économie-monde ? À écouter Klaus Schwab, le fondateur du forum de Davos, qui y consacre un petit livre sorti juste pour la 46e édition du forum de Davos, c'est un véritable « tsunami » technologique qui déferle et est en train de rebattre les cartes, toutes les cartes, du business, voire de l'humanité. Passons sur la querelle de chiffre avec Jeremy Rifkin, auteur de la « Troisième révolution industrielle » qui, à le lire, ressemble furieusement à la quatrième, sauce Schwab et intéressons-nous au fond.

À Davos, donc, en 2016 plus encore que lors des précédentes éditions du World Economic Forum, on ne parle que de ça. Impossible d'échapper au sujet, auquel sont consacrées une vingtaine de sessions rassemblant les meilleurs spécialistes de l'intelligence artificielle, du « brain », le cerveau, encore inégalé heureusement, mais aussi de l'internet des objets (IoT, « internet of Things ») ou même de l'Internet industriel (IIoT), objet de toutes les passions des nombreux patrons présents dans la station suisse des Grisons.

« La vitesse, nouvelle monnaie du business »

« Tout est remis en question » : les patrons de Schneider Electric (Jean-Pascal Tricoire), de HP (Meg Whitman) ou d'Alcoa (Klaus Kleinfeld) réunis pour un débat sur la transformation digitale de l'industrie l'ont volontiers reconnu. Pour le meilleur : oui, car cela ouvre de nouvelles pistes de business, par la valorisation des données, nouveau graal, mais aussi par l'optimisation des process, par la recherche de plus grandes performances, énergétiques notamment. La digitalisation et la connectivité, la généralisation des imprimantes 3D, tout cela transforme en profondeur l'industrie qui entre dans l'âge du 4.0. « Speed is the new currency of business » (« la vitesse est la nouvelle monnaie ») a souligné Marc Benioff, le patron de Salesforce, ce à quoi Meg Whitman d'HP ajoute : « le futur appartient au rapide ».

Mais à quel prix pour les hommes ? La principale limite, ce n'est pas, ce n'est plus la technologie, qui est exponentielle, mais l'humain. « On ne peut pas aller plus vite qu'on n'est capable de le penser », résume la patronne de HP. Sinon, on risque de casser l'entreprise. Il faut donc mettre l'accent sur la formation des hommes pour réussir la transformation de l'intérieur. Deuxième conséquence majeure pour l'industrie de la rapidité des changements en cours : impossible de rester seul : l'avenir appartient aux entreprises « agiles » et collaboratives : la clef du succès est dans la coopération, à laquelle encouragent les nouvelles technologies. C'est donc aussi une révolution du management qui est à l'œuvre.

Une nouvelle Renaissance ?

Révolution alors ? Oui, sans aucun doute. Dans une session intitulée « une brève histoire des révolutions industrielles », Ian Goldin, d'Oxford, la compare à la Renaissance, une période où tout a été inventé, pas tant seulement dans le domaine des arts ou des techniques, avec Galilée, Copernic, Léonard de Vinci, ou bien l'imprimerie qui a diffusé les connaissances, mais surtout dans le domaine des idées. La Renaissance, époque des grandes découvertes, a été une ère de réinterprétation du rapport de l'homme au monde. Or, c'est un peu ce que nous vivons, à une puissance exponentielle, aujourd'hui. Le télescope Hubble réinvente les grandes découvertes, le LHC incarne l'explosion des limites humaines, Google fait oublier l'encyclopédie universelle et Internet ringardise l'imprimerie. Une révolution comparée à la Renaissance, ce serait plutôt une bonne nouvelle donc, quoique, car elle a aussi connu sa part d'ombre, l'Inquisition, les guerres de religion, des tensions géopolitiques et un choc des civilisations.

Destruction créatrice ou bien création... destructrice ?

Alors, bonnes ou mauvaises les révolutions industrielles... ? Celles du passé ont toujours été accompagnées par un progrès social et humain, avec un temps de transition. Mais au final, la première révolution industrielle (celle, anglaise, du charbon et de la machine à vapeur), puis la seconde (celle, américaine, de l'électricité et du travail à la chaîne), voire même la troisième (dans la définition de Schwab, celle, globale, de l'informatisation) ont toujours conduit à des progrès de productivité et à la création, en net, de plus d'emplois qu'il n'en a été détruit. Bien sûr, qui dit révolution industrielle dit destruction créatrice, à la Schumpeter, et la diligence a bien été remplacée par le chemin de fer puis l'automobile, mais en générant des emplois nouveaux pour nourrir les classes moyennes, ancre de stabilité économique et politique de nos sociétés modernes.

Avec la Quatrième révolution industrielle, nous entrons dans une sorte d'inconnue, peut-être une forme de création destructrice. Et cela inquiète autant que cela enthousiasme les « Davosiens ». Une très intéressante étude intitulée « The future of jobs », publiée par le World Economic Forum pour l'ouverture de Davos, souligne qu'en net, 5 millions d'emplois seront détruits d'ici 2020 dans les pays développés d'ici 2020. Le numérique et la robotique créeraient 2 millions d'emplois, mais en détruiraient 7 millions dans les cinq ans à venir. Une prédiction qui va dans le même sens que les études de l'Université d'Oxford et du cabinet Roland Berger, selon lesquelles près de la moitié des métiers actuels vont disparaître d'ici une vingtaine d'années.

L'homme de Davos s'appelle Hubo : c'est un robot !

 

L'Homme de Davos, sorte de produit idéal issu de la mondialisation, n'est pas humain, mais une machine. C'est un robot de 80 kg, baptisé Hubo, présent tous les jours dans le centre des congrès. Construit par des Coréens (le « Advanced institute of science and technology »), Hubo a gagné un prix international de 2 millions de dollars décerné par le ministère de la défense américain. Il est censé pouvoir tout faire, monter et descendre des marches, conduire un véhicule, porter des charges. Surtout, il est destiné à remplacer l'homme partout où il y a danger, par exemple pour aller dans la centrale nucléaire radioactive de Fukushima. « Meet the robot », propose donc le programme de Davos à ses participants. Expérience au final assez peu convaincante, mais ce n'est qu'un début...

Un burn-out digital mondial

Pris d'une sorte de vertige, les participants au Forum hésitent. Entre techno-optimistes et pessimistes du progrès, entre transhumanistes prêts à télécharger leurs cerveaux dans une machine pour vivre éternellement et bioconservateurs, décidés à freiner le mouvement, les avis sont assez tranchés. Et si nous humains perdions le contrôle ? Et si la trop faible croissance s'expliquait par le caractère déflationniste du progrès technologique. Ou bien sait-on vraiment mesurer le réel impact de cette révolution industrielle ? Pour certains économistes, les statisticiens nationaux, dépassés ne savent pas comment appréhender cette nouvelle économie. À Davos, donc, on nage en plein paradoxe de Solow, l'économiste qui soulignait que l'on voyait l'informatique partout, sauf dans les statistiques de la croissance et de la productivité. Avec un FMI, présent au plus haut niveau avec la Française Christine Lagarde et son adjoint, et peut être successeur, le chinois Min Zhu, qui vient fort peu opportunément de réviser une nouvelle fois en baisse la prévision de croissance mondiale pour 2016, de 3,6 à 3,4%, et ne s'attend à guère mieux en 2017, les business leaders sont au bord du burn-out digital ! Dans l'étude annuelle que réalise PwC auprès de 1400 chefs d'entreprise de 83 pays, membres de la communauté de Davos, le moral est en berne. Seuls 27% du panel prévoit une amélioration de la croissance cette année, soit 10 points de moins que l'an dernier. Paradoxalement, ce sont les patrons européens qui voient le plus l'avenir le plus en rose alors que leurs homologues américains sont « gloomy ». Il faut dire que la hauteur de vue du débat politique outre-Atlantique, avec un Donald Trump incontrôlable qui rend Hillary Clinton plus populaire que jamais, n'engage guère à l'enthousiasme en cette année d'élection présidentielle américaine.

Jo Biden, ce gauchiste invétéré

Mais le fin mot de toute cette histoire, c'est Jo Biden, le vice-président des États-Unis, qui l'a le mieux résumé. Invité mercredi soir à ouvrir le forum, « Middle class Jo » comme on le surnomme affectueusement outre-Atlantique a délivré une leçon bien sentie aux business leaders venus l'écouter en nombre. Dans un discours que n'aurait pas renié Jean-Luc Mélenchon, le VP américain a déplacé l'enjeu. La quatrième révolution industrielle, si c'est ainsi qu'on veut la nommer, "c'est très bien, c'est une transformation de l'économie qui se produira quoiqu'il arrive". Mais le vrai sujet posé par le tsunami technologique, selon lui, c'est la place de l'homme, du travailleur de la classe moyenne des grandes métropoles, base de la démocratie et de la stabilité politique. Cette classe moyenne, dont l'idéal se résume selon Biden en un mot, celui de « possibilité » (possibilité de trouver un job, d'avoir un bon salaire, d'offrir un avenir à ses enfants), est en train de disparaitre, sous les coups de la mondialisation et de l'accélération technologique. Car, et ce serait la première fois dans toute l'histoire des révolutions industrielles, la progression des salaires ne suit pas celle de la productivité, en particulier aux Etats-Unis où, selon Joseph Stiglitz, le salaire réel des plus bas revenu est au même niveau qu'il y a ... 60 ans.

Résultat, un écart immense se creuse, bien résumé par l'étude, critiquable dans sa méthode de calcul, mais que personne ne conteste au fond, réalisé par l'ONG Oxfam pour l'ouverture du forum de Davos : 62 personnes, multimilliardaires, sont aussi riches que les 50% des plus pauvres de l'humanité, soit 3,6 milliards de personnes. Ce phénomène de concentration unique dans l'histoire est la vraie inquiétude. « Inequality » : le magazine Foreign Affairs, peu soupçonnable d'altermondialisme, y consacre sa Une de janvier et le distribue abondamment dans les travées du forum avec en sous-titre : « what causes it ? Why it matters ? What can be done ?

Jo Biden lui, a sa recette. Elle tient en cinq points et pourrait servir de programme pour la primaire des Démocrates si jamais, comme on le dit de plus en plus l'affaire des mails d'Hillary Clinton l'empêchait d'aller au bout de sa candidature. Ces cinq points sont simples, mais révélateurs des défaillances du modèle américain : plus d'éducation et de formation aux métiers de demain ; plus de protections pour les travailleurs ; plus d'investissements dans les infrastructures ; plus de progressivité dans les systèmes fiscaux... Là, il faut le dire, Jo Biden a fait frissonner Davos avec son idée d'un impôt progressif, on aurait cru entendre Piketty ! Et enfin, cinquième mesure, donner plus d'accès au capital pour les néo-entrepreneurs pour encourager l'innovation et faire naître ces nouveaux jobs qui viendront remplacer les anciens. Un programme pas si compliqué à mettre en œuvre. Emmanuel Macron, qui viendra vendredi, après Manuel Valls, faire une visite à Davos, aurait pu tenir un discours similaire. Mais attention, il y a urgence : avec la montée de la pauvreté, avec l'écrasement des classes moyennes, il ne faudrait pas que la quatrième révolution industrielle ne finisse en révolution tout court... ce ne serait pas bon pour les affaires...

Le dernier mot devrait revenir à Ettore Scola, qui a eu la mauvaise idée de mourir le jour de l'ouverture du forum de Davos. Dans un des dialogues de "Nous nous sommes tant aimés" ( ), le réalisateur italien résume tout : "nous voulions changer le monde. Mais c'est le monde qui nous a changés"...

De la nécessité d’apprendre à apprendre

source : http://www.letemps.ch/economie/2016/02/03/necessite-apprendre-apprendre
*Alain Salamin, Fondateur de AS-HR Consulting et chargé de cours à HEC Lausanne

La quatrième révolution numérique va faire disparaître 47% des postes de travail actuels dans les 10 à 20 prochaines années. Comment alors éviter que des générations, aux connaissances obsolètes, soient sacrifiées? En privilégiant l’agilité à apprendre

La Révolution numérique fut le thème principal du dernier WEF de Davos. Elle bouleverse déjà nos vies. Des exemples ? Amazon et ses centres de distribution robotisés, la livraison de colis par drones. Tesla/Google et leurs véhicules sans conducteur. Cet hôtel au Japon avec des robots à la réception. Des algorithmes écrivant des articles de journaux, gérant des portefeuilles d’investissement, effectuant des diagnostics médicaux. Et ce n’est qu’un début timide ! La question n’est plus de savoir si les «droïdes» vont nous voler nos emplois, mais combien de ceux-ci vont disparaître. Selon une récente étude, 47% des postes de travail actuels vont probablement trépasser dans les 10 à 20 prochaines années. Les domaines les plus touchés sont le personnel administratif, la vente, les services, la finance et la production. Comment alors éviter que des générations, aux connaissances obsolètes, soient sacrifiées sur l’autel de cette 4ème révolution industrielle? En privilégiant non plus les savoirs et connaissances, mais au contraire l’agilité à apprendre. Tant les systèmes éducatifs que le monde professionnel doivent se remettre en question. A l’école d’abord, la clé du futur n’est plus d’entasser un maximum de savoirs ennuyeux appris par cœur, mais d’apprendre à apprendre. Notre devoir de parent et d’enseignant doit donc être, dès le plus jeune âge, de susciter le plaisir d’apprendre, d’explorer, et donc de développer les joies de la métacognition, des heuristiques et une attitude enthousiaste face à l’apprentissage.

Dans le monde professionnel, le modèle usuel du recrutement basé sur les expériences et connaissances passées ne sera plus pérenne. Classiquement, les décisions d’engagement sont basées sur l’adéquation des savoirs du candidat au regard des exigences du poste. Cette stratégie est une ligne droite vers un cul-de-sac: évolution rapide du cahier des charges, compétences obsolètes, employés inadéquats, licenciements. Inacceptable. La garantie de succès dans ce nouveau paradigme n’est plus la maîtrise de savoirs passés mais l’agilité à apprendre dans le futur. Celle-là peut se décliner en plusieurs dimensions à intégrer dans les processus de sélection et de développement: l’agilité à trouver des solutions innovantes, à gérer la complexité, l’ambiguïté, le changement, à se développer à travers les autres, à les motiver. Ici également, la notion de plaisir est centrale: aimer le changement, être motivé par les autres, énergisé par les problèmes ardus, vouloir prendre des risques, être curieux, avoir des intérêts variés, questionner le statu-quo, etc. Cette révolution vous dynamise ? Tant mieux. Car un voyage particulièrement excitant et plein d’opportunités nous attend.

Les plateformes, un drame pour l’emploi ?

Cette tribune a initialement été publiée dans le numéro de décembre 2015 de l’Expansion 

Il n’a jamais été aussi facile de créer sa boîte, devenir freelance, ou gagner un peu d’argent en proposant une prestation via une plateforme d’intermédiation. A une époque où l’obtention d’un CDI ressemble de plus en plus à une loterie, on ne peut en vouloir à personne de chercher à développer sa propre activité professionnelle.

Sur le plan politique, on commence tout juste à s’en inquiéter et à questionner le modèle social et fiscal qui se dessine. Plus personne ne croit au fameux discours sur le “redressement de la courbe du chômage”, ni à la capacité des élus à créer des emplois.

En quelques semaines, les initiatives se sont accélérées : rapport Mettling sur le travail, rapport du Senat pour taxer les revenus générés sur les plateformes, mission de l’Inspection Générale des Affaires Sociales sur l’évolution du droit du travail, réforme du code du travail et création du CPA par Myriam El Khomri et lancement Nième une grande consultation nationale sur l’Economie Collaborative par l’Elysée. Petits soldats ou candidats à la fonction suprême, chacun se place et s’aventure dans un champ lexical qu’il ne comprend pas toujours, pour faire de la France le Champion Mondial de l’Economie Collaborative (sic!) : si on ne crée pas d’emploi, créons au moins de l’activité.

Mais à peine aura-t-on fini de réfléchir au statut des chauffeurs Uber et de leurs pairs – sont-ils des entrepreneurs, des salariés, des indépendants, des victimes ? – que l’avènement du véhicule autonome viendra clore le débat en renvoyant la plupart pointer chez Pôle Emploi. Les autres iront composer les bataillons de nouveaux prolétaires serviciels sur Handy ou Mechanikal Turk. Uber – qui travaille déjà sur son véhicule autonome – sera uberisé comme l’arroseur arrosé. Mais au fond, s’il est un drame pour l’emploi, ce n’est pas tant l’économie des plateformes que la recherche incessante de gains de productivité qui rend le travailleur chaque jour plus  obsolète, car comparativement moins fiable, moins efficace, et moins rentable qu’une machine.  Des centres logistiques Amazon aux usines Apple, ne restent finalement aux être humains que quelques tâches ultraqualifiées réservées à une élite, et des tâches abrutissantes dont le coût (financier ou social) est encore trop élevé pour le déléguer à une machine. Sombre tableau. Si l’économie de plateforme est un drame pour l’emploi, l’emploi n’était-il pas déjà un drame pour l’Homme ?

Ce qui nous pend au nez avec la digitalisation de l’économie, c’est la disparition de bon nombre de tâches qualifiées qui ne seront jamais remplacées. L’an dernier, une étude d’Oxford estimait qu’un emploi sur deux sera automatisable et disparaitrait d’ici 20 ans. Demain, un ordinateur apprendra assez rapidement la loi pour vous proposer du conseil juridique, faire votre comptabilité, le ménage, mais aussi le design de votre site web, écrire un article (ce qui se fait déjà), et une opération chirurgicale à coeur ouvert. 

Nous vivons dans un système politique, social, économique et des repères de pensées littéralement hérités d’un autre siècle. L’emploi disparait, pas la production individuelle de richesse dont une large partie est captée par quelques firmes internationales au gré des informations qu’elles collectent sur nos comportements. Nous travaillons pour elles sans même s’en apercevoir. Ce qu’il faut définir désormais, c’est une nouvelle façon de distribuer cette valeur créée collectivement. L’emploi tel que nous l’avons connu est mort, et paradoxalement, jamais nous n’avions tant travaillé pour les autres.

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Date de dernière mise à jour : 06/02/2016