Lâchez-nous avec la valeur « TRAVAIL » ! [+ vidéos] ✪

L'augmentation du chômage
- évaluation depuis 2008

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Le téléspectateur est-il otage de la pensée néolibérale ? L'instant M, l'intégrale

«Vous faites quoi dans la vie ? » ou comment le travail nous définit (1/4)

Diana Filippova de OuiShare s'exprime !

source - 26 mais 2O14 : http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20140723trib000841304/lachez-nous-avec-la-valeur-travail-.html

Lettre ouverte aux élus, dirigeants, syndicats, philosophes, économistes et tous les autres.
Par
Diana Filippova, Connector OuiShare.. Cet article est paru dans le numéro 4 de la revue Socialter.

Voici venu le temps des contradictions. Entre les discours sur le travail que vous - élus, dirigeants, syndicats, prétendants au pouvoir - proférez et les preuves objectives, un gouffre s'est creusé. Les tâches les plus variées nous échappent chaque jour au profit des machines, et pourtant vous érigez encore l'emploi en garant de tous nos droits - santé, vieillesse, citoyenneté - et de notre bonheur.

Vous affirmez que le travail est la voie de conquête de notre liberté et de notre indépendance. Nous constatons que les conditions du travail s'améliorent uniquement pour une mince couche de super héros.

Vous expliquez que notre graal est le CDI garanti à vie, adossé à un salaire décent et à un prêt immobilier. Nous cherchons en vain autour de nous les quelques survivants de ce paradis perdu du siècle dernier.

Vous dites que le travail est la clef de notre épanouissement et du vivre-ensemble. Nous ne parvenons pas à trouver le moindre signe de bonheur dans l'enchaînement des tâches répétitives, la pression hiérarchique et l'insécurité psychologique latente.

Vous dégainez la méritocratie et le niveau de diplôme pour justifier des inégalités sur le marché du travail. Nous nous efforçons à trouver une corrélation dans nos vies et celles des autres : sans succès.

Laissez-moi vous le dire crûment : vous ressemblez de plus en plus à des professeurs de morale, qui espèrent cacher la vacuité de leur pensée par l'invocation quotidienne des grands principes de l'humanisme. Aux citoyens, aux employés, au peuple, vous n'avez d'autre vision à offrir que ce plus petit dénominateur que vous avez en commun : la valeur travail.

Une valeur morale au travail ?

Nous ne sommes ni n'avons jamais été dupes de votre rhétorique supposément éthique. Si le peuple a jamais attribué une quelconque valeur morale au travail, c'est qu'il en tirait un profit pécuniaire et des avantages bien réels.

Durant les deux siècles derniers, l'entreprise individuelle et l'emploi salarié ont été deux modalités plutôt efficaces pour franchir quelques barreaux de l'échelle sociale. Nous étions bien conscients, au fond, qu'en signant ce CDI, nous renoncions à une grande partie des fruits de notre travail, mais la promesse des protections sociales diverses et variées suffisait à dissiper nos quelques doutes.

Les femmes avaient beau se plaindre que leur travail domestique en était un et qu'il n'était toujours pas reconnu comme tel malgré sa pénibilité, la grande majorité d'entre nous en avait plutôt pour son compte et ne l'ouvrait pas trop.

L'assimilation que vous faisiez entre travail, effort et emploi salarié nous semblait bien trop rapide, certes, mais tant qu'il y avait un salaire et des perspectives de devenir soi-même boss, on n'ergotait pas trop sur vos erreurs conceptuelles.

Travailler à tout prix

Aujourd'hui, votre discours a perdu le ton enjoué du siècle dernier et s'est teinté d'intonations culpabilisantes, moralisatrices, prescriptrices. Il faut travailler à tout prix, dites-vous, car l'effort mène au salut psychologique et social tandis que l'inactivité condamne notre société à l'assistanat permanent. Vous avez d'ailleurs pris soin de créer une distinction claire entre le bon élève - celui qui travaille même lorsque sa qualification n'a rien à voir avec le poste - et l'outsider-marginal qui doit pointer à Pôle Emploi tous les mois pour percevoir son maigre pécule.

 

Votre voix devient rauque lorsque vous nous rappelez publiquement que nous devons purger notre dette à l'égard de la société et de l'État - dette originelle dont nous avons hérité dès notre naissance. Vous vous indignez devant les courbes qui ne fléchissent pas et signez des pactes de responsabilité qui vous fournissent une poignée d'éléments de langage exploitables pendant quelques mois. Au fond, vous vous réjouissez de savoir que faire travailler les autres coûte de moins en moins cher tandis que ces autres produisent de plus en plus.

Votre jeu est vieux comme le monde et il est si simple d'y voir clair : la moralisation du travail est - et a toujours été - le meilleur instrument de contrôle physique, psychologique et social des hommes. Vous vantez l'effort dans la tradition judéo-chrétienne : l'effort soigne la paresse, détourne des tentations et enseigne l'humilité. L'érection du plein emploi en objectif millénaire vous permet de rationaliser le déséquilibre des rapports de force entre employeur et employé, tout en fournissant un formalisme juridique à l'aliénation des moyens de production.

L'emploi à repenser

L'étendue du champ couvert par le concept « travail » est ainsi réduite à son expression la plus simpliste : l'emploi comptabilisé par les statistiques nationales. Tout le reste - de la pratique des artistes aux corvées domestiques - n'en fait pas partie puisqu'il ne rentre pas dans l'une des cases prévues par l'INSEE, Pôle Emploi ou le Bureau International du Travail.

Arrêtez votre cinéma, car nous ne croyons plus à vos discours et vous dénions toute autorité morale. Nous avons la mémoire suffisamment longue pour nous méfier de toute prescription sociale qui érige le travail - arbeit, rabota ("travail" en allemand et en russe) - en norme morale universelle. L'emploi salarié s'en est allé et nous avons tout le loisir de repenser par nous-mêmes ce que le travail signifie réellement pour nous, et comment il s'insère dans les modèles de société que nous souhaitons bâtir.

Peut-être avons-nous un seul conseil à vous donner : laissez donc tomber la morale et préoccupez-vous plutôt de l'économie. À force de lui donner tour à tour les rôles les plus variés - du déterminant culturel à l'instrument de cohésion sociale - vous avez oublié son rôle premier de facteur de production.

Or, la valeur purement économique du travail n'a jamais autant stagné, ravivant des inégalités que les sociétés occidentales n'ont pas connues depuis le début du siècle dernier. Aujourd'hui, nous avons besoin de vous pour définir un système satisfaisant de valorisation de notre production. Car si le travail n'est pas notre seul salut, il est encore notre principal gagne-pain.

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Le numérique a-t-il changé la valeur du travail ?

source : http://digital-society-forum.orange.com/fr/les-forums/275-le_numerique_a-t-il_change_la_valeur_du_travail

Souvent reprise dans les discours politiques et les sondages, la valeur «travail» semble être au centre des préoccupations des Français. En effet, ce concept est souvent mis en avant pour évoquer les effets de la crise d’autant plus qu’il est soumis à la révolution numérique. Mais avant tout, précisons que la valeur «travail» cache trois définitions distinctes.

Pour les économistes, il s'agit d'un concept décrit par Adam Smith en 1843 selon lequel le travail serait la mesure réelle de la valeur échangeable de toute marchandise. La valeur « travail » est quant à elle une perception idéologique des tâches que nous accomplissons, que l'on retrouve depuis l'Antiquité mais qui a pris son essor à partir du XVIIIe siècle et la révolution industrielle. Ce concept met en avant le travail comme moyen d'accomplissement personnel mais aussi moyen d'intégration dans la société. Il s'agit avant tout d'une vision morale donnant un sens au travail, fortement partagée en France, plus que dans tout autre pays européen. Ce qui n’empêche pas les Français d'être à l'origine d'un paradoxe bien connu voulant que le travail soit considéré comme la seconde valeur la plus partagée après la famille tout en étant trop envahissant dans nos vies personnelles. Enfin la troisième définition, celle du support de droit, comprend l'ensemble des avantages financiers issus du travail, depuis le salaire jusqu'aux droits à la retraite et à la sécurité sociale. Cette forme de valeur est cependant moins prise en compte par les Français qui lui préfèrent la valeur morale et sociale. Les deux premiers concepts, bien que différents, sont intimement liés et bien sûr réévalués par le numérique.
 

Productivité et créativité

Du côté des entreprises, l'augmentation régulière de la productivité et l'utilisation de plus en plus systématique des données émises par les travailleurs a fait évoluer la notion de valeur économique du travail. Dans certaines entreprises, les managers se concentrent surtout sur les objectifs chiffrés et les résultats, tandis que l'effort intellectuel ou physique ainsi que le temps passé échappe parfois aux formes de quantification.
Reste que le nombre de tâches tend à diminuer tandis que le travail intellectuel autrefois réservé aux cadres est à présent réalisé par l'ensemble des salariés. Ce travail qui peut sembler plus abstrait demande de développer de nouvelles compétences informatiques en dehors du cadre de son métier. Cependant l'augmentation des flux et des rythmes mais aussi la standardisation des tâches aidées par le numérique tendent à réduire la créativité des salariés et peut vider le travail de son sens. Des sondages récents montrent d’ailleurs l'existence d'un certain malaise parmi les salariés français qui dénoncent une course à la rentabilité et à la productivité tandis qu'ils éprouvent un sentiment nostalgique vis-à-vis d'une époque, plus ou moins réelle, où le travail « bien fait » était la norme.
 

Donner du sens

C'est donc à partir du moment où la politique managériale de l'entreprise et le système informatique qui sert de support au travail est vécu comme une contrainte et non plus comme un outil facilitateur, que le travail, aux yeux du salarié, perd son sens et par conséquent sa valeur. Le phénomène touche autant les cadres confrontés à des reportings incessants et à l'application d'ordres contradictoires que les ouvriers face à des logiciels ne distribuant plus le travail mais le prescrivant. Dans les deux cas, ce management par la force a pour conséquence la suppression de la dimension expressive du travail qui permet à chacun de s'exprimer et de nouer des relations au sein d'un groupe, dimension que les Français plébiscitent.
Parallèlement, les actions des individus réalisées hors du cadre de l'entreprise ont elles aussi gagné en valeur. L'arrivée d'une nouvelle génération fortement investie sur le web et les réseaux sociaux multiplie les situations où donner du sens à un loisir. Si travailler dans une entreprise est toujours considéré comme un facteur de bien-être et de progrès social, le partage d’informations sur les forums, la conception de vidéos sur YouTube ou la contribution à un projet collectif « pour le plaisir » (comme par exemple le sous-titrage amateur de séries télévisées) permet aussi de retrouver cette fameuse dimension expressive en dehors du cadre du travail salarié.

Bien-être et PIB ?

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Date de dernière mise à jour : 09/03/2016